Changer l'extérieur ou changer de regard ?

Avez-vous déjà pris le temps d'observer combien de fois par jour vous vous retrouvez face à une situation, une parole, une action que vous aimeriez différente ? Pensez-y un instant.

Faites l’expérience. Choisissez une situation de votre vie qui ne vous convient pas et demandez-vous quelles sont vos options.

Habituellement, 3 possibilités s'offrent à nous :

- Partir, quitter la situation, mettre de la distance avec une personne en particulier. Sortir du conflit en espérant que cela se règle tout seul, comme par magie. Ne plus avoir à s'occuper du problème ou à en vivre les conséquences. Dans certains contextes, il est simple de s'en aller. Parfois cela n’est pas possible d’autant plus que l’idée de « fuir » est généralement vécue comme déplaisante. Pourtant, la fuite peut être salutaire quand elle permet de revenir chez soi et de renouer avec un espace de paix intérieure pour décider tranquillement de la suite à donner.

- Si partir n’est pas possible, je peux peut-être agir pour changer la situation. Faire en sorte que cela évolue d'une façon que je trouve agréable, qui me convienne davantage. C’est une aspiration légitime et pourtant, lorsque cette envie de transformation part d’un refus de la réalité, d’un « non » à ce qui se présente, cela apporte bien souvent plus de soucis que de satisfaction : tension, lutte, opposition… pour tenter de faire plier la réalité et la conformer à mon désir.

- Accepter et faire contre mauvaise fortune bon cœur comme on entend parfois est une autre option. Seulement cela tient plus de la résolution du 1er de l'an que d'une réelle possibilité. Une envie sincère mais pas vraiment réaliste. L'acceptation, tout comme le lâcher-prise, n'est pas quelque chose que l'on décide. On a beau essayer, ça continue de tourner en boucle plus ou moins consciemment. L'acceptation est un aboutissement, une reddition, la conséquence d'un deuil ou d’un changement de regard.

Et ça, c’est une bonne nouvelle ! Parce que changer l'extérieur est rarement possible et nous conduit dans une lutte énergivore et chronophage contre la réalité.

Comme le disait Byron Katie : « quand je me dispute avec la réalité, je perds mais seulement 100% du temps ».

Changer notre regard est en revanche à notre portée. Cela ne veut pas dire que c'est facile, que j'arrive à le faire dans chaque situation qui me touche. Selon le contexte et les personnes impliquées, cela peut être un vrai défi. Néanmoins je sais d'expérience qu'il existe un moyen d’une efficacité redoutable pour y parvenir : faire un pas de côté et observer la situation jusqu’à voir la beauté de ce qui est en train de se passer.

Bien sûr, quand il nous arrive des choses douloureuses qui nous semblent injustes, inacceptables, violentes ou encore inhumaines, l'exercice se corse et devient impossible au moment où les événements se produisent. Cela nécessite d'y revenir plusieurs semaines ou mois plus tard, quand la souffrance et la charge émotionnelle ont diminué. Et même là, l'exercice reste difficile.

Pourtant, j’ai pu expérimenter qu’il est salutaire de regarder les faits à la lumière de qui l’on est devenu lorsque le temps a passé. Voir que ce qui nous semblait une catastrophe à l'époque, comme une séparation ou un licenciement, s'est finalement révélé être la meilleure opportunité de notre vie. C'est ce type de prise de conscience qui m'intéresse aujourd'hui plutôt que de vouloir changer ce qui se passe à l’extérieur de moi.

Cela ne veut pas dire que je suis d’accord avec ce qui s’est passé ou que je trouve cela agréable.

Cela ne veut pas dire que je cautionne quoi que ce soit.

Cela veut simplement dire que je reconnais la réalité, que je reconnais ce qui est. Et je choisis de me positionner.

Est-ce que je peux choisir de regarder ce qui m'arrive sous un angle différent ? Voire à contre-courant ? Et si oui, par quel chemin vais-je passer ?

La beauté.

Quand je peux me rappeler qu’en toute chose il y a de la beauté, mon appréciation de la situation change. Là encore, je ne parle pas de drames humains qui viennent nous toucher jusque dans notre chair mais des événements du quotidien.

La beauté est une énergie universelle que nous avons toutes et tous rencontrés dans notre vie. Mais au-delà de l'aspect esthétique, je fais référence à la sensation de plénitude et de paix qui l'accompagne. Par exemple un paysage à couper le souffle, un coucher de soleil ou encore le regard d'un enfant. Cette sensation qui me fait ressentir que tout est à sa place dans le grand mouvement de la vie. Et si la situation qui me pose souci ne fait pas sens au moment où je l’expérimente, je peux avoir confiance que la vie me le révélera plus tard, au moment où je pourrais l'accueillir.

Testez par vous-même. Choisissez quelque chose qui vous relie à cette énergie de beauté et la prochaine fois qu'il vous arrive un événement déplaisant prenez une respiration puis rappelez-vous : vous pouvez changer de regard à chaque instant, voir la beauté dans ce qui vous entoure et revenir dans un espace d’accueil de ce qui est.